premier bilan de l'opération Ouvrir Mon Quotidien dans l'enseignement secondaire
Le début de l'année 2007 a été l'occasion d'un premier bilan de l'opération Ouvrir Mon Quotidien dans l'enseignement secondaire. Invitation avait été lancée aux personnes-relais par le Conseil de l'Education aux Médias, les Centres de Ressources en Education aux Médias et les deux partenaires de l'opération, les Journaux Francophones de Belgique et l'Association des Journaliste Professionnels pour une rencontre informelle et d'échange en toute simplicité. Près de trois cents enseignants ont répondu présents.
D’entrée de jeu, un appel est lancé aux partenaires de l’opération pour faciliter l’accès aux outils et aux ressources. Les Centres de Ressources se sont penchés sur le problème : une formation à l’intention des personnes-relais sera organisée l’année prochaine dans le cadre de la formation continuée.
Choisir dans le catalogue le programme intitulé : "Apprendre à coopérer pour mieux vivre ensemble de ma classe au monde" (le lien est http://www.ifc.cfwb.be/default.asp?pagetg=pres05).
Nouvelle Libre Belgique - Ils en ont vu le numéro zéro… Chuuuut !
C’est Hubert Leclercq le premier qui nous reçoit sur le plateau de la double rédaction de la Libre Belgique et de la Dernière Heure. Il est rapidement rejoint par son collègue Jean-Pol Duchâteau. Chacun à la tête d’un groupe d’enseignants du secondaire engagés dans l’Opération « Ouvrir mon quotidien », ils feront visiter leurs installations, et dévoileront les coulisses de production de leurs quotidiens nationaux.
Sur un vaste plateau paysager, deux rédactions indépendantes se côtoient. Elles ont chacune leur autonomie éditoriale et de fonctionnement, sauf en ce qui concerne le sport, sujet qui est traité au sein d’une cellule commune de journalistes localisés en bout du plateau, pour des questions de facilité et non parce qu’ils seraient punis ou que leur travail n’est pas aussi noble...
Il est neuf heures trente. Peu de journalistes sont arrivés. Le métier fait qu’ils sont plutôt des gens du soir. Quelques rédacteurs du magazine sont pourtant déjà là. Leur travail est plus intemporel, leur ligne éditoriale moins « à flux tendu ». Des pages plus « froides » que celles qui suivent l’actu « à chaud ». « De l’info prévisible en fait , nous dit H. Leclercq : sorties de films, de bouquins, interviews… » Au centre physique de l’étage, l’équipe graphique est le pool nerveux et technique du journal. 64 pages à produire chaque jour, dans chaque journal… Tout commence donc par l’habillage des maquettes en tenant compte des productions qui proviennent des centres régionaux et des espaces publicitaires déjà attribués par le service marketing.
Côté D.H.
Les cellules qui contribuent à la rédaction sont la cellule magazine, la cellule sport et « l’info G » (entendez… générale : tout le premier cahier, à la D.H.). C’est vers dix heures quart, dix heures et demi que les journalistes arrivent progressivement. Le point sur l’actualité de chacun est la première opération du matin. Les sujets sont déterminés en fonction des conversations qui se sont nouées. Dégrossissement de la matière avant que chacun retourne à son bureau, prolonge son enquête et voit si on développe plutôt tel ou tel sujet pressenti. Jusqu’à plus ou moins quatorze heures, c’est une phase de discussion de ce qui est à prendre ou non, comme sujet. Entre le siège central et nos six bureaux régionaux. C’est une période où le téléphone chauffe pour nourrir le débat. Si des journalistes doivent partir sur le terrain, ils le font « comme des grands ». C’est vers quinze heures que l’on affine alors quasi de façon définitive la sélection de la matière, que l’on détermine le lignage (la longueur des articles) et que l’on dessine les pages de sorte à les traduire dans le système informatique. Ainsi, les journalistes qui devront composer leur texte pourront le faire à même la maquette, par voie informatique.
Côté image, la fonction est dévolue au « Pictures editor » qui, avec le directeur artistique, sélectionne les clichés et complète ainsi les pages. Dernier rendez-vous de la journée pour l’équipe de rédaction, vers dix-huit heures, dix-huit heures trente ; pour élaborer la Une du journal. Le processus de finalisation est le même : les graphistes d’abord, les rédacteurs ensuite et l’habillage photo enfin. Quand cela est fini, tout part électroniquement à l’imprimerie, à partir de vingt-deux heures trente, pour produire les sept éditions en nonante minutes environ. A minuit, tout doit être bouclé pour l’envoi.
La Libre aussi
Même point de départ : la rédaction. Même point d’arrivée : l’imprimerie. Mais à La Libre, la structure de rédaction est plus éclatée car il y a différents services : Belgique, Monde, Economie, Culture, une cellule pour tout ce qui est Opinions et débats…et enfin Magazine. Pour les sports, c’est la cellule de la D.H. qui fournit La Libre. Idem pour les pages régionales. L‘unité organisationnelle de base à la Libre, c’est le service avec, à chaque fois un chef de service et, dans chaque équipe, des journalistes ayant en responsabilité des dossiers spécifiques : l’enseignement, la justice, l’environnement, … et avec, à chaque fois, une doublure. Ces journalistes-là disposent d’une large autonomie pour gérer leur dossier… Chaque matin, avant la réunion de rédaction, chaque chef de service a un contact direct ou téléphonique avec ces journalistes spécialisés, pour avoir leur programme du jour. Car il y a trois types de contenus à traiter : ce qui est prévisible (conférence de presse, réunions parlementaires, etc), des choses préparées en rapport avec l’actualité (c’est notre valeur ajoutée et qui devrait faire la différence avec les autres journaux : une enquête, une interview… dont nous avons pris l’initiative), et puis tout ce qui va se passer dans la journée et qui est, par définition, imprévisible.
Sur base du menu de chaque service, la réunion de rédaction de dix heures trente permet d’élaborer un premier « chemin de fer ». On attribue à chaque secteur un nombre de pages qui tient compte de l’actualité prévisible. Les maquetteurs préparent alors les cartons de chaque page, de sorte que les journalistes puissent le moment venu (parfois quatre à cinq heures plus tard) couler directement leur texte dans le système informatique. On prépare ainsi le travail technique sur la période calme de la journée de sorte que l’on gère plus aisément le rush de fin de journée. Mais les priorités risquent de changer suite à la survenue des événements de la journée. Tout ce qui est fait tôt, n’est plus à faire… même s’il faut ensuite le défaire en partie pour suivre l’actualité.
Le chef info du jour est, en quelque sorte, le radar de toute l’actualité. C’est à lui qu’incombe la responsabilité de coordonner les contacts avec les journalistes spécialités ou les chefs de services concernés par l’actualité qui évolue. A lui de faire alors évoluer la maquette, la répartition des pages, le déroulé du chemin de fer. Ce processus à flux tendu est quotidien. La rédaction y est habituée. Ce n’est que s’il arrive quelque chose de grave qu’il y a alors lieu de convoquer une nouvelle réunion de rédaction. Sinon, c’est un processus rodé. Vers dix-sept heures quinze, on se réunit pour définir ce qui montera en Une, ce qui fera l’objet d’une manchette… et c’est un autre chef info qui prendra la relève du premier et qui ira jusqu’à vingt-deux heures trente, l’heure du bouclage de la première édition. Mais bien évidemment, dans ce laps de temps, les priorités de la hiérarchisation de l’info peuvent encore évoluer. Avec d’ailleurs parfois une répartition différente des sujets selon les éditions. La dernière édition, elle, doit être bouclée vers minuit, minuit trente.
Assez logiquement, l’ordre de parution des éditions est fonction de leur lieu de distribution. (Un élément s’ajoute à ces considérations pratiques : trois quarts des numéros de La Libre sont vendus par abonnement).
La charte graphique
Il est important que le lecteur reconnaisse son journal, s’y sente chez lui. C’est pourquoi la charte graphique doit bien être identifiée et respectée : même force de corps pour les titres, même caractères pour les légendes… Tout cela a été réfléchi, conçu et pensé avant d’être intégré informatiquement, de sorte à réduire le travail de formatage réclamé au journaliste. Cet outil logiciel est très convivial. Il permet au rédacteur de voir la longueur exacte de son papier, ce qui n’était pas le cas de la version antérieure ou à la période où le groupe IPM n’était pas informatisé.
Les enseignants sont ensuite invités à se déplacer ensuite parmi les bureaux des différents services : Belgique, étranger, économie, culture… et le secrétariat qui est véritablement le centre névralgique de la création du journal. Y arrive le matin, tôt, la désignation des espaces publicitaires qui sont déjà octroyés aux annonceurs. On doit respecter cela à la lettre car il y a une tarification spécifique aux places disponibles dans le journal. Ce qui a été convenu par le service marketing est verrouillé.
C’est ici que les secrétaires techniques composent les cartons de mise en page, que se trouvent les relecteurs orthographiques et stylistiques qui interviennent après qu’un article soumis ait déjà été relu par un collègue journaliste.
Scoop
A l’occasion de la présentation de cet important travail de mise en forme, Jean-Pol Duchâteau annonce que le groupe de presse prévoit de passer à la quadrichromie. Cela change tout, naturellement, pour les graphistes qui bénéficieront de bien plus de possibilités d’habillage des articles. Autre nouveauté dont les enseignants reçoivent incidemment le scoop : prochainement, La Libre modifiera son format. Deux options décisives qu’il faut bien négocier pour ne pas perdre le lectorat qui se sent bien dans la maquette actuelle mais pour également réussir un virage qui doit accrocher un nouveau public. Ainsi, la réponse qui se cherche en ce moment, c’est la définition de la palette de couleurs qui va être retenue. Ce n’est pas parce que les choses seront à l’avenir techniquement possibles (millions de couleurs) qu’elles sont souhaitables. Pas d’infographie à chaque page non plus ! Ce qui se fait pourtant souvent au nord du pays. La nouvelle maquette, à l’avenir, s’étalera sur 64 pages (ce qui est plus que maintenant…) ainsi, le contenu ne sera pas pour autant diminué du fait de la réduction de format.
Crédits de l’info et uniformisation de traitement
Les enseignants intéressés questionneront alors la rédaction sur la recherche documentaire nécessaire à la composition des articles et sur la sélection des images qui servent à l’illustration. Tout ce qui est inséré vient du travail des photographes de presse attachés à la maison ou provient des agences de presse (AP, AFP, Reuters, Belga, Photonews, Reporter,… ), des images dont les droits sont acquis ou négociés selon l’usage (journal papier et/ou internet) le tirage ou la durée d’exposition en ligne. Un débat s’est ouvert sur le pauvre choix photographique lors de la sortie d’un film, par exemple, montrant que le producteur est surtout intéressé que l’on voit partout un ou deux clichés (matraquage publicitaire) là où l’on pourrait s’attendre à ce qu’une variété d’images permettent aux quotidiens de ne pas tous présenter la même iconographie. Cette uniformisation de traitement dénoncée à l’occasion d’une sortie cinématographique se retrouve hélas aussi plus gravement dans le traitement d’infos dont le contenu n’est accessible à la rédaction que par voie d’agence de presse dont le nombre, et donc la diversité éditoriale, ne cesse de réduire. En boutade, le journaliste incriminé à propos de cette uniformisation de traitement posera la question : « Qui s’en rend compte par la lecture croisée de plusieurs quotidiens ? » La presse en effet, déplore plutôt, elle, la diminution du nombre de lecteurs ! Autre facteur d’uniformisation de l’info : l’évolution de la législation (droit à l’image, notamment) qui cadenasse de plus en plus la liberté de traitement de l’info.
Un exemple inattendu peut-être : sait-on qu’une photo achetée est accompagnée de sa légende, laquelle ne peut pas être modifiée ! Ce qui en restreint l’utilisation, parce que cela fige la compréhension de façon univoque. C’est une question de protection : ne plus pouvoir faire dire diverses choses à une image, surtout si elle contient une personne qui n’a pas envie de voir son portrait associé à d’autres thématiques que celle pour laquelle il a concédé le tirage de son image.
La visite se poursuit à l’étage. Les enseignants découvrent rapidement le studio de la radio bruxelloise en attente de nouvelle fréquence : Radio Ciel et le département multimédia qui alimente les deux sites en ligne, celui de La Libre et celui de la D.H.
Une équipe télé vidéo (existe-t-elle encore, JP Duchâteau hésite !) apporte aussi son concours en produisant de courtes séquences pour le Net. A hauteur de la cage d’escalier, coup d’œil plongeant sur la paroi vitrée du secteur marketing qui gère les ventes (à l’abonnement et au numéro). Une ruche bourdonnante répartie sur deux niveaux où les équipes se succèdent.
Conscience professionnelle
Si le journaliste n’est pas quelqu’un qui s’en tient aux huit heures enregistrées à l’horloge de la pointeuse, il est pourtant habituel que l’équipe du matin soit relayée dans la finalisation du travail quotidien par une équipe de seconde partie de journée. Dans une rédaction, on se passe en effet le relais et les choses suivent leur cours, même si certains font parfois des journées de 12-15 heures avant de décrocher. En fait, précisera Jean-Pol Duchâteau, « pour le métier de journaliste, il n’y a pas vraiment d’horaire, mais chacun fait preuve de conscience professionnelle, dans des plages allant du matin jusqu’à 18h00, de 14 à 22 heures ou de 17 à 24 heures. Quitte pour certains, c’est régulier, dit-il, à terminer l’année avec une quinzaine de journée de congés que l’on a pas pris ! Horaires et prestations sont gérées dans la confiance…Avec une souplesse telle que si vous devez vous absenter pour urgence familiale, par exemple, c’est possible ». Mais chacun sait que le boulot qu’il laisse derrière lui, c’est l’équipe qui devra le gérer. Le service est un vrai corps social auto-régulateur. Une organisation à tout le moins différente de celle du monde scolaire !
La Libre Belgique, un journal réalisé avec 50 journalistes salariés, qui joue dans la même catégorie que Le Soir (qui a trois fois plus de personnel !) ne peut fonctionner avec une hiérarchie stricte des rapports interpersonnels. Les journalistes ici sont très autonomes, et donc très responsables… S’ils ne font pas bien leur boulot, ils le savent… et ils en seront redevables… plus à leurs collègues encore qu’à leurs supérieurs.
Faire court et original
A la question d’un enseignant qui demande si les journalistes sont payés selon la longueur de leurs articles, JP. Duchâteau fait la réponse inverse : « Comme on manque de place, c’est quand un article est court que le journaliste devrait être mieux payé. » Notre enjeu, c’est de fournir un contenu attractif et différent de celui de la concurrence. La plus value ajoutée par des sujets d’articles levés par les journalistes eux-mêmes est bien réelle : 70 à 80 % de notre journal sont de cette veine !
Embargo
En seconde partie de visite, la rédaction fera la faveur au groupe de découvrir le numéro Zéro de la nouvelle maquette. Point question de rompre ici l’embargo qui court jusqu’au 8 mai. Toutefois, nous ferons écho à l’entrée en matière de Jean-Pol Duchâteau quand il a précisé les raisons qui ont amené à cette reformulation de la maquette.
Il y a dix ans, il y avait déjà eu une véritable réfondation : un changement assez profond du journal qui était diffusé à l’époque. Pas uniquement de la maquette, laquelle traduit la volonté éditoriale du groupe, mais une révolution véritable qui a voulu faire d’un journal miroir, un journal boîte à outils. D’un journal qui renvoyait aux lecteurs une image semblable à eux-mêmes, La Libre Belgique avait déjà choisi, il y a dix ans, d’opter pour un quotidien qui ouvre le débat. Jean-Pol Duchâteau cite alors trois mutations que La Libre a décidé d’accompagner de sa refondation : l’étiolement du pilier institutionnel chrétien, la disparition progressive d’une politique d’union nationale et l’évolution des mœurs qui amène les citoyens à se mobiliser en conscience. Dans pareil contexte, il y a de moins en moins de place pour une presse d’arrière-garde. Il faut avancer avec le lecteur qui s’émancipe. Le journal boîte à outils doit permettre au citoyen de construire sa pensée dans un monde qui bouge de plus en plus vite. « La Libre, le journal du débat » fut le slogan de l’époque . Puis, il évolua vers « Vos idées vont faire des rencontres . Loin de nous de dire qu’il faut abandonner ses idées… précise le rédac chef, mais les confronter à d’autres, çà oui ! Faire évoluer notre lectorat en ce sens et faire admettre à ceux qui nous connaissent du dehors que nous avions nous-mêmes évolué a été le challenge de ces dix premières années. La Libre, journal catho, monarchique et ringard… cette idée a aujourd’hui globalement disparu. Mais il y a un autre défi pour demain. Il nous faut conquérir un nouveau lectorat ».
Quand on les interroge, les jeunes disent qu’ils trouvent que la presse adulte est trop compliquée, ennuyeuse, sans couleur, hors de leurs préoccupations… « Nos changements veulent tenir compte de tout cela. Et en ce sens, la consommation que les ados font du journal Métro m’interpelle. J’ai d’ailleurs revu mon point de vue sur la place de cette publication dans le paysage global. A mon sens, Métro peut amorcer quelque chose… et ce n’est pas dédaignable ».
Secret défense
Depuis trois ans, IPM réfléchit à ce concept : un journal plus petit que le tabloïd et publié en quadri. C’est fondamental pour les jeunes ! D’où l’acquisition faite par le groupe de nouvelles rotatives qui le permettent. D’ailleurs, les annonceurs aussi réclament la couleur pour faire la promo de leurs produits.
La maquette qui sera distribuée pour examen aux enseignants est la troisième version d’une recherche confiée à deux commanditaires graphistes dont les propositions ont finalement été écartées pour que leur soient préférée une version maison. 60% de la réflexion a abouti. 80 % devrait être atteints au moment de mettre sous presse le numéro un, début mai. L’ajustement final se fera sur base de la réaction des lecteurs des premiers numéros.
La rédaction a voulu réaliser un journal à haute valeur ajoutée dont chaque rubrique commence par une double page. « Notre ambition, dit Duchâteau : aller plus loin que la radio, que la télé ou qu’internet sur cinq, six, sept sujets. Avec plus d’explications, de reportages et d’enquêtes…Assurer aussi le suivi de l’info qui se prolonge au fil des jours ».
Les exemplaires sont alors distribués… La Libre Belgique passe son examen… les profs interrogent ! Réussi, l’examen ? Proclamation le 8 mai. Rendez-vous dans les kiosques pour vous faire votre propre avis.
Compte rendu par Michel BERHIN, Chargé de mission à Média Animation ASBL














